À l’occasion de la deuxième édition de la foire régionale des produits forestiers non ligneux (PFNL) des Koulsé — un événement porté par l’ONG ATAD et financé par le PCRSS-Burkina — nous avons poussé les portes de la coopérative Tog Viim. Venue de Kongoussi, cette délégation porte en elle un parcours exemplaire. Découvrez l’histoire inspirante de deux femmes déterminées.
L’histoire de la société coopérative Tog Viim de Kongoussi- dont le nom signifie « prolonger la vie » en langue mooré – prend racine dans la vision de deux femmes d’exception : Madame Thérèse Ouédraogo et Madame Marceline Ouédraogo. Respectivement présidente et trésorière, ces deux anciens agents des Eaux et Forêts ont consacré l’essentiel de leur vie à la protection de la nature, avec 27 ans de service pour Thérèse et 37 ans pour Marceline.
Alors que l’heure de la retraite approchait en 2022, un constat les a frappées : les arbres qu’elles avaient aidé à planter durant leurs carrières produisaient des fruits qui, faute de valorisation, finissaient par se perdre. En décembre 2021, elles décident d’anticiper leur future nouvelle vie en créant Tog Viim, une initiative destinée non seulement à les maintenir actives, mais surtout à transformer les produits forestiers non ligneux (PFNL) en opportunités économiques.
Les premiers pas : entre sacrifice et précarité
Le passage de la fonction publique à l’entrepreneuriat communautaire n’a pas été sans difficultés. Au départ, cinq femmes se lancent dans l’aventure avec les deux pionnières, misant sur leurs économies personnelles. Thérèse et Marceline injectent 50 000 FCFA chacune, complétées par les cotisations de 5 000 FCFA des autres membres.
Leur première activité, la fabrication de savon à base de graines de balanites et de neem, se heurte vite à la dure réalité du marché : le coût élevé des matières premières rend les bénéfices « imperceptibles ». Loin de se décourager, le groupe, qui s’est entre-temps agrandi pour accueillir des femmes déplacées internes fuyant l’insécurité, décide de s’orienter vers la production de soumbala et la transformation céréalière.
Cependant, les conditions de travail restent précaires. Sans équipement moderne, les femmes utilisent du bois de chauffe extrêmement coûteux à Kongoussi et n’ont que deux marmites pour cuire les graines de néré. Le séchage se fait à l’air libre, exposant les produits à la poussière et aux mouches.
Le tournant décisif : l’appui du PCRSS-Burkina
Pour financer l’achat des matières premières, ces femmes font preuve d’un dévouement exemplaire, allant jusqu’à reverser dans les caisses de la coopérative les frais de prise en charge qui leur sont servis lors des sessions de formation auxquelles elles participent hors de Kongoussi. Mais la trajectoire de Tog Viim change radicalement lorsque le Projet communautaire de relèvement et de stabilisation du Sahel au Burkina Faso (PCRSS-Burkina) répond favorablement à leur requête en 2023. La coopérative reçoit du Projet un lot de matériels adéquats : machines à décortiquer à sec et après cuisson, vanneuse, séchoir professionnel, ainsi qu’un kit complet de 13 foyers et bouteilles de gaz de 12 kg, 13 marmites n°30, des fûts, des cuvettes, etc.
L’impact de cette « modernisation » est immédiat sur les coûts de production. Là où une charge de bois de 15 000 FCFA ne permettait qu’une seule cuisson, une bouteille de gaz de 6 000 FCFA permet désormais d’en réaliser deux. « Avant l’acquisition des bouteilles de gaz, tout notre argent rentrait dans l’achat du bois », témoigne la trésorière avec soulagement.
Un moteur de cohésion sociale et de prospérité
Aujourd’hui, Tog Viim est une entreprise florissante composée de 15 femmes (8 hôtes et 7 déplacées internes), illustrant une intégration réussie par l’économie. La production a bondi, passant de 2 à 5 sacs de 100 kg en moins d’un an. Le soumbala de la coopérative Tog Viim de Kongoussi, réputé pour sa qualité et son hygiène irréprochable, s’arrache désormais auprès des revendeurs locaux, des fonctionnaires de la province du Bam et même des clients fidèles à Ouagadougou.
Sur le plan financier, la structure génère un chiffre d’affaires mensuel moyen de 350 000 FCFA, avec un bénéfice net de 120 000 FCFA. Une partie de ce bénéfice est redistribuée aux membres, tandis que l’autre est épargnée pour garantir l’avenir de la structure.
Mais le plus grand succès est peut-être invisible : la coopérative est devenue un espace de solidarité où la rigueur militaire des fondatrices se mêle à la bienveillance. C’est un cadre d’épanouissement où l’on partage ses problèmes personnels et où l’on apprend, ensemble, à devenir résiliente.
Vers l’avenir
Portées par cette réussite, Thérèse et Marceline voient déjà plus loin. Leur prochain défi : obtenir un local propre à la coopérative et se lancer dans la production industrielle de jus et de biscuits. Elles continuent d’encadrer leurs membres avec la même exigence de qualité qui a fait leur réputation, prouvant que même à la retraite, on peut rester au cœur du développement de sa communauté.
PCRSS-Burkina : Agir ensemble pour le relèvement et le développement des communautés !

